La présente déclaration a pour objet d'exposer notre position, à la fois doctrinale et pratique, sur ce que l'on peut entendre sous les expressions : « baptême du Saint-Esprit », « plénitude du Saint-Esprit » et « charismes ».

« Baptême, plénitude du Saint Esprit et Charismes »

Préciser une position doctrinale oblige à constater des différences ou des divergences dans l'interprétation de l'enseignement biblique. Préciser une position pratique, c'est tirer les conséquences de la différence doctrinale. Nous nous attacherons à le faire dans un esprit irénique. Un désaccord, qu'il porte sur des idées ou sur des activités, n'exclut ni le respect ni la fraternité à l'égard de ceux dont on ne partage pas les points de vue.

Nous nous contenterons donc, sans entrer dans les détails d'une démonstration, d'exposer notre pensée de la manière la plus brève et la plus simple possible.

1. - Le « baptême du Saint-Esprit ».

L'expression « baptême du Saint-Esprit » est commode. Il convient cependant de remarquer qu'elle n'est jamais employée dans le Nouveau Testament.

Le nom « baptême » sans autre qualification y désigne toujours le baptême d'eau. Lorsqu'il est question du Saint-Esprit, seul le verbe baptiser est utilisé. À la voix active, il n'a qu'un seul sujet Jésus-Christ : « Il vous baptisera du Saint-Esprit », dit Jean. Lorsqu'il a pour sujet des personnes, le verbe est au passif : « nous avons tous été baptisés dans le Saint-Esprit », écrit Paul. Nul autre que Jésus ne peut accomplir cet acte.

Le baptême d'eau est un acte humain concret et visible. Le terme « baptême »signifie: « immersion », ce qui décrit exactement la forme que revêtait cet acte et qu'il doit continuer à revêtir. Le « baptême du Saint-Esprit » est un acte de Jésus-Christ. Il appartient au domaine spirituel. Le terme « baptême » a donc la valeur d'une image, non d'une description directe : l'immersion « dans l'Esprit » ne peut être que spirituelle, et l'emploi du mot « baptême » est donc symbolique.

Le « baptême du Saint-Esprit » trouve sa définition dans les paroles de Paul en 1 Co 12,13. Là se rencontre la seule formule qui permet de comprendre cet acte du Christ ressuscité dont elle précise l'effet : « Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul esprit ».
 
Ainsi, en « baptisant » des hommes et des femmes « dans le Saint-Esprit », Christ les rassemble pour qu'ils forment « un seul corps ». L'image du « corps » est utilisée dans sa dimension universelle et non dans sa dimension locale (comme ce sera le cas en 1 Co 12,27). Le « tous » de l'apôtre désigne non seulement « tous » les chrétiens de Corinthe (et Paul avec eux), mais « tous » les chrétiens en général. Nul ne peut être « membre du corps » de Christ s'il n'a pas été « baptisé dans l'Esprit ». Quiconque est « membre de ce corps » a été « baptisé dans l'Esprit ».

Par ailleurs, il est clairement enseigné par le Nouveau Testament que la condition nécessaire et suffisante pour appartenir au Seigneur, et donc pour être membre de son corps, est la foi.

Ainsi l'expression « baptême du Saint-Esprit » désigne l'acte par lequel le Christ ressuscité unit à lui par la foi ceux que le Père lui a donnés.

Ce « baptême » coïncide donc avec la « repentance », la « conversion », le « changement de mentalité », la « régénération » et la « naissance d'en haut », autres descriptions des différentes facettes de l'application de l'œuvre de Christ à ceux qui lui appartiennent.

Il n'y a donc pas de possibilité pour qu'il y ait dans l'Église des « croyants » qui seraient « baptisés dans un seul Esprit » et des croyants » qui ne le seraient pas. La foi en Jésus-Christ est le fruit et le signe de ce « baptême ».

2. - La « plénitude du Saint-Esprit ».

Une autre expression désigne le rapport entre le Saint-Esprit et les croyants : c'est « la plénitude du Saint-Esprit ». Pas plus que la précédente, on ne la trouve dans le Nouveau Testament. Le seul terme employé est l'adjectif « rempli du Saint-Esprit », ou le verbe à la voix passive « être rempli du Saint-Esprit » (deux verbes différents en grec).

Les Actes des Apôtres parlent de croyants « remplis du saint-Esprit ». Cette expression désigne soit le résultat d'une intervention particulière de l'Esprit qui rend les croyants capables d'accomplir une action précise, notamment en matière de témoignage et d'annonce de la parole ; soit un état ou une qualité durables. C'est cette seconde acception qui sous-tend l'appel à « être remplis du saint-Esprit » que Paul adresse aux Éphésiens (Ép 5,18).

part d'un appel, qui concerne chacun, à se laisser pleinement diriger et instruire par la Saint-Esprit, ce qui implique d'accomplir les efforts nécessaires pour connaître et comprendre la pensée de Dieu telle qu'elle nous est présentée par la Bible. Selon Ép 5,15-20 la « plénitude du Saint-Esprit » concerne la vie du chrétien dans le monde actuel (15-16) ; elle demande l'exercice de l'intelligence en vue de comprendre a volonté du Seigneur (17a) ; elle conduit les chrétiens à mettre ensemble tout en œuvre pour l'édification de l'Église, dans la joie et dans la reconnaissance.

Le Nouveau Testament n'impose aucune « expérience »particulière dans aucun de ces deux domaines. Il ne fait d'aucune « expérience » particulière ni la conséquence nécessaire, ni la condition obligatoire, ni la marque irréfutable du « baptême » ou de la « plénitude »  du Saint-Esprit ».

3. - Les « charismes ».

En ce qui concerne les « charismes », ou les « dons de l'Esprit », nous n'entrerons ni dans une discussion théologique, ni dans des distinctions (qui seraient certes utiles ailleurs) entre talents « naturels » et « dons surnaturels ». Nous nous bornerons à exposer quelques idées simples, bibliquement fondées à notre avis, et appuyées par l'expérience.

Nous considérons que les talents innés, les compétences acquises, les dons spirituels ou les « charismes » sont, les uns comme les autres, des grâces que Dieu nous accorde selon sa libre volonté. Nous pensons qu'ils sont donnés, non en vue de la jouissance personnelle, de l'exercice d'un pouvoir, ou de l'établissement d'une hiérarchie, mais « en vue de l'utilité commune » (1 Co 12,7; 14,26).

Parce qu'ils ont pour objet le service, ils font de nous des serviteurs et ne peuvent être mis en œuvre que par des âmes de serviteurs. L'orgueil - même le « spirituel » -, la jalousie, l'ambition personnelle, les rendent inutilisables. Ils ne peuvent fonctionner que si l'on a en vue le bien spirituel de l'Église et des frères, pour la seule gloire de Dieu.

Aucun de ces dons ou de ces talents ne peut servir d'étalon de mesure pour juger de la qualité spirituelle d'une personne.

Accordés pour le bien commun, ils ne peuvent être utiles que dans l'harmonie de l'Église locale et sous le jugement de la parole de Dieu. Ceux qui en « possèdent » doivent accepter de voir leur activité soumise à l'appréciation de tous, et donc sujette à examen (1 Co 14,29). Nul ne peut, sous prétexte qu'il a reçu tel « charisme » ou qu'il dispose de tel « talent », s'élever au dessus de ses frères et sœurs, encore moins jouir d'une autorité sans contrôle.

Édifier l'Église, c'est la faire progresser dans la foi et la connaissance de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. Cela ne peut se produire que si la parole de Dieu est annoncée avec clarté et fidélité. La « métamorphose » par laquelle se manifeste la vie chrétienne passe par le « renouvellement de l'intelligence », et donc par une prédication, un enseignement et des exhortations « intelligibles » (Ro 12,2, Ép 4,23, 1 Co 14,19).